Des études menées sur des personnes ayant perdu du poids montrent qu’elles accordent une attention toute particulière à leur alimentation, là où beaucoup d’individus en surpoids se montrent moins attentifs à ce qu’ils consomment. On constate, souvent, que l’hypothèse de différences cérébrales entre ces groupes se précise, en s’appuyant sur une nouvelle recherche même si celle-ci reste de faible ampleur.
Dans cette enquête, lorsqu’on présente des photos de nourriture à des individus qui ont réussi à perdre du poids et à rester stables, les zones du cerveau liées au contrôle du comportement semblent s’activer davantage par rapport à celles d’autres groupes : personnes obèses ou de poids standard. Certains participants décrivaient même ressentir une sorte de « vigilance intérieure » face aux images.
Jeanne McCaffery du Myriam Hospîtal, l’auteure principale de cette étude parue dans l’American Journal Clinic Nutrition, explique : « Nos observations mettent en relief des éléments biologiques susceptibles de soutenir le maintien de la perte de poids. Ces données offrent aussi un angle nouveau par rapport aux recherches sur les comportements alimentaires, et laissent supposer que les personnes parvenant à conserver leur silhouette sur la durée développent un rapport particulièrement structuré à la nourriture. Ajoutons qu’elles montrent des signes manifestes de restriction dans leurs choix quotidiens. » Une formatrice en nutrition évoquait récemment qu’il lui arrive d’observer chez ces personnes une organisation presque « militaire » du contenu de leur assiette.
McCaffery et ses collègues relèvent également que les participants inscrits aux programmes comportementaux de gestion du poids enregistrent en moyenne une perte de 8 à 10 % de leur masse initiale durant les 6 premiers mois de suivi. Ajoutons que ces personnes parviennent à maintenir près des deux tiers de leur perte au bout d’un an – ce qui, selon certains experts, représenterait une réussite non négligeable à cette étape. Il arrive toutefois qu’un participant signale des difficultés à stabiliser son nouveau poids, en particulier lors des fêtes ou de périodes de stress marqué.
Mais la reprise du poids persiste pour beaucoup, et ce, meme avec une vigilance soutenue : un grand nombre de patients regagnent leur poids de départ au bout de cinq ans malgré des efforts parfois perçus comme intenses par leur entourage. Est-ce que le fameux « effet rebond » serait inévitable ? Certains professionnels estiment que le mental et l’environnement social jouent un rôle plus marqué qu’on ne le pense.
Une autre recherche indépendante avait d’ailleurs démontré que, lorsque des personnes naturellement enclines à une alimentation saine choisissaient spontanément des légumes à la place de barres chocolatées, une petite zone de leur cerveau était sollicitée – zone qui restait inactive chez les individus moins rigoureux sur leur alimentation. Cette région, associée à la volonté selon les scientifiques, intrigue depuis plusieurs années. On peut supposer qu’un simple détail du quotidien (préférer une pomme au goûter) met en jeu des circuits cérébraux bien identifiés.
Dans la nouvelle étude, les volontaires se répartissaient en trois ensembles distincts : 18 sujets de poids standard, 16 personnes obèses et 17 individus ayant perdu 15 kg et réussi à stabiliser leur masse pendant au moins 3 ans. Un diététicien racontait qu’il voyait rarement ce dernier profil dans ses suivis réguliers.
Après un jeûne de 4 heures pour garantir que la faim soit bien présente, les participants découvraient toute une série d’images : d’abord des aliments à faible densité calorique (céréales complètes, salades, fruits, légumes frais), puis des préparations riches en calories (hot-dogs, cheeseburgers, frites, cookies), sans oublier des objets neutres mais visuellement intéressants, conçus pour contrôler les biais d’attention liés à la couleur et à la texture. Certains volunteers racontaient s’être laissés surprendre par l’intensité de leurs propres réactions en voyant tel ou tel plat.
Les scanners cérébraux montrent leur réaction
Les membres du groupe ayant gardé leur perte de poids affichaient, face aux images de nourriture, des signaux particulièrement prononcés dans la région frontale gauche de leur cerveau, mais aussi au niveau de la zone temporale médiane droite. Selon les résultats commentés par l’équipe, cela traduirait la mise en œuvre d’un contrôle inhibiteur plus affirmé que chez les autres profils. Ce mode de réponse s’accompagne d’une attention visuelle renforcée face aux signaux alimentaires, ce qui corrobore les conclusions avancées plusieurs fois en neuropsychologie. Il arrive qu’un chercheur mentionne la vigilance « presque professionnelle » que certains sujets retirent de ces mécanismes cérébraux.
D’après Jeanne McCaffery, également professeur assistant en psychiatrie et comportement humain, « il vaut la peine de considérer que ces réactions cérébrales pourraient aboutir à des attitudes préventives ou correctrices. Elles peuvent favoriser une meilleure régulation du comportement alimentaire, contribuant ainsi à un certain équilibre pondéral sur la durée. Pourtant, il reste beaucoup à explorer pour préciser si ces réponses proviennent d’une prédisposition individuelle ou si elles évoluent à la faveur de l’entraînement. » Un spécialiste en neurosciences glissait récemment qu’on n’a sans doute pas fini de démêler l’imbrication entre volonté, habitudes et cerveau.
Naturopathe de formation depuis 2011, je me suis spécialisé dans le suivi des athlètes sportifs pour les aider à atteindre leurs objectifs sportifs. Diplômé de l’EESNQ, je propose sur BodyScience une approche ludique du sport et de la nutrition.