Accueil Perte de poids Maigrir lentement ou rapidement : ce que disent les scientifiques

Maigrir lentement ou rapidement : ce que disent les scientifiques

par Mathieu Gabens

Des scientifiques ont publié leurs travaux dans le journal «Lancet Diabetes & Endocrinology» à propos des pratiques alimentaires et de la perte de poids. Cette étude apporte une vision différente des recommandations diététiques actuelles. Au lieu de privilégier une perte de poids lente et régulière, il vaut mieux considérer que celle-ci n’améliore pas le contrôle du poids sur le long terme. D’ailleurs, cela ne permet pas forcément d’éviter la reprise de kilos, contrairement à l’idée reçue selon laquelle perdre du poids plus vite serait risqué.

À l’origine de cette recherche, on retrouve principalement les équipes de l’université de Melbourne, qui ont travaillé sur deux axes précis. Leur analyse porte, d’une part, sur l’influence d’un rythme de perte de poids faible et son effet sur une diminution durable sur plusieurs années. On recommande souvent ce type de démarche tout autour du globe. D’autre part, leur étude s’est penchée sur la question de savoir si une approche progressive limite réellement la reprise de poids, en comparant ces résultats avec un amaigrissement initial rapide chez des volontaires obèses.

Au total, 200 adultes souffrant d’obésité (IMC de 30 à 35 kg/m²) ont participé à l’étude. Les participants ont été répartis de façon totalement aléatoire : certains ont suivi un programme d’amaigrissement accéléré sur 12 semaines, avec une alimentation très pauvre en calories (de 450 à 800 kcal/jour). Le deuxième groupe s’est dirigé vers un programme plus graduel sur 36 semaines, respectant les recommandations standards. D’après une coach en nutrition, certains individus ont du mal à tenir un rythme aussi strict sur la durée, mais quelques participants témoignent qu’ils ont préféré la méthode intense pour se sentir vraiment accompagnés.

Les observations menées lors du programme progressif ont révélé une baisse nette de l’apport énergétique — environ 500 kcal/jour retranchés pour chacun. Les personnes ayant réussi à perdre plus de 12,5 % de leur poids sont ensuite passées sur un régime alimentaire de maintien, étalé sur 3 ans. Fait marquant : celles qui ont maigri plus rapidement ont été 81 % à atteindre leur objectif. Le groupe au rythme lent, lui, affiche seulement 50 % de réussite. Cela semble montrer que le démarrage rapide donne plus de chances de tenir la distance, cela reste à relativiser selon les profils.

Que peut-on retenir de ces essais ? On constate souvent que le rythme initial choisi, qu’il soit soutenu ou non, n’influence pas la quantité de kilos perdus ou regagnés lors de la phase de stabilisation. Et surprise : trois ans après, les personnes des deux groupes — qu’elles aient suivi un régime express ou graduel — ont repris un niveau identique de poids. Parmi eux, environ 71 % présentent cette même reprise au fil des années. Certains experts estiment que la motivation et le contexte environnemental jouent un rôle clé, bien plus que la vitesse de perte de poids elle-même. Il arrive même que certains participants se sentent mieux armés moralement après une phase intense, alors qu’on aurait pu penser l’inverse.

Katrina Purcell, la diététicienne rattachée à l’Université de Melbourne, a partagé son analyse sur les conclusions de cette étude, mettant en lumière la croyance répandue qui associe une perte de poids rapide à une reprise tout aussi prompte. Mieux vaut demeurer vigilant : partout dans le monde, on recommande souvent d’adopter la voie lente pour éviter d’effectuer un « effet yoyo ». Pourtant, les observations s’écartent de cette idée : à bien y regarder, l’objectif de 12,5 % de perte de poids semblerait plus accessible via la méthode rapide, avec moins d’abandons. Certains professionnels décrivent ce phénomène en insistant sur le rôle capital de l’implication au début du processus.

Les auteurs ont évoqué quelques pistes pour expliquer ces résultats parfois surprenants. D’abord, une consommation réduite en glucides et des peuvent finir par provoquer une forme de lassitude vis-à-vis de l’alimentation (plus d’un participant a évoqué ce ressenti en entretien). Autre point : perdre du poids rapidement amène, d’après certains experts, une motivation accrue qui favorise la persévérance tout au long du parcours.

Pour finir, il apparaît clairement que privilégier une perte progressive et régulière ne garantit pas nécessairement une meilleure stabilisation. Le mythe selon lequel une perte rapide conduirait à une reprise plus rapide ne tient donc pas, du moins dans ce contexte. Quelques professionnels de santé recommandent de s’intéresser de près aux spécificités de chaque individu : diverses méthodes existent pour perdre du poids et l’essentiel reste souvent la gestion au long cours ainsi que la motivation mise en œuvre. Est-ce vraiment la méthode qui fait la différence, ou l’accompagnement ? Voilà une question régulièrement soulevée lors des formations en nutrition…

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