Des études conduites par des chercheurs de l’Université de Pittsburgh ont mis en lumière une réalité étonnante : posséder un équipement mobile qui mesure son activité quotidienne ne constitue pas forcément une garantie de fiabilité. Autrement dit, ces outils ne suffisent pas à favoriser l’amaigrissement, ni à maintenir durablement les effets d’une perte de poids. Ces recherches visaient surtout à comprendre si l’utilisation de traqueurs portables, désormais très répandus, était véritablement efficace et si elle jouait un rôle dans la perte de poids ainsi que dans la stabilisation du bénéfice apporté par cette perte de poids. Certains utilisateurs racontent même avoir ressenti une motivation temporaire, mais pas de résultat flagrant sur la durée.
Après deux ans d’observation, les résultats vont un peu à contre-courant de ce que l’on pourrait imaginer : combiner un appareil portable à un accompagnement comportemental spécifique pour l’amaigrissement aboutit généralement à une perte de poids plus modérée que si l’on suivait, seul, un programme comportemental. Sur vingt-quatre mois, ceux qui n’avaient pas adopté les traqueurs d’activité ont réussi à perdre pratiquement deux fois plus de poids. Pour donner un ordre d’idée plus concret, les personnes dotées d’un traqueur enregistraient une perte autour de 3,5 kg, tandis que les participants suivant seulement les recommandations pour changer leurs habitudes affichaient plutôt 6 kg de perte. Cela peut surprendre, car la majorité pense intuitivement qu’un suivi numérique booste l’engagement (un entraîneur précis témoignait cependant récemment qu’il n’observait pas toujours de différence notable chez ses élèves).
On constate souvent que les équipements collectant et diffusant des données sur l’activité physique n’apportent aucun avantage marquant par rapport aux méthodes plus classiques. Les conseils alimentaires personnalisés et l’incitation à bouger, simples sur le papier, suffisent bien souvent. Bien sûr, les traqueurs ont pour eux la commodité de l’enregistrement et prodiguent parfois de petits messages pour motiver, mais c’est loin d’être la clé unique pour s’ancrer dans des habitudes durables. Certains professionnels estiment que c’est la capacité à changer profondément son mode de vie qui fait la différence, beaucoup plus que la technologie elle-même. Les témoignages d’utilisateurs oscillent ainsi entre enthousiasme du début et désengagement au fil du temps ; rien d’étonnant, car il n’existe pas de raccourci assuré pour maigrir durablement (est-ce vraiment si simple ?).
Mieux vaut retenir que le recours aux appareils portables reste avant tout une astuce familiere pour noter ses efforts, évaluer ses pas quotidiens ou mesurer les calories consommées avec une certaine facilité. Pourtant, tout montre qu’en associant ces outils aux recommandations comportementales, il n’en ressort pas d’avantage significatif en matière d’amincissement ou de motivation à pratiquer une activité physique. En pratique, il paraît hasardeux de s’en remettre complètement à ces dispositifs pour gérer son poids, et il ne faudrait surtout pas en faire un substitut aux conseils, à l’exercice ou à une alimentation diversifiée. Une formatrice en nutrition sportive rappelait récemment qu’un coaching humain, même ponctuel, avait souvent plus d’effet sur la durée qu’un simple suivi chiffré au poignet.
Ajoutons que cette étude a porté sur 470 personnes âgées de 18 à 35 ans, dont l’IMC variait de 25 à 39 au début. Fait intéressant à signaler : environ 77 % des participants étaient des femmes. Le protocole suivait une trame claire : chacun devait se soumettre à un régime hypocalorique, profiter de séances de groupe pour recevoir des conseils, et s’adonner à une activité physique fixée par les chercheurs. Pendant les six premiers mois, les séances de santé étaient hebdomadaires, puis devenaient plus espacées sur les dix-huit mois qui suivaient. Les mesures de poids étaient prises tous les six mois afin de suivre l’évolution tout au long de la recherche. Il arrive même que certains participants aient trouvé ces suivis réguliers plus motivants que le port d’un traqueur.
Les volontaires ont ensuite été séparés en deux groupes pendant le suivi initial de six mois : le premier suivait strictement des séances mensuelles d’accompagnement sur la santé, tandis que l’autre utilisait les fameux traqueurs pour enregistrer aussi bien son activité que son alimentation. Dans ce contexte, les participants portaient un appareil multisensoriel au bras, utilisé expressément pour l’étude, permettant d’accéder à des données détaillées sur les dépenses caloriques et l’activité. Plusieurs experts en sciences du sport soulignent que ce genre d’approche reste rare en pratique courante, car le port permanent d’un tel dispositif n’est pas sans inconvénient.
Au fil des dix-huit mois restants, certains changements sont apparus, par exemple sur la composition corporelle et la condition physique, mais il n’existait pas de distinctions majeures entre les deux groupes. Pourtant, on observe que ceux ayant suivi uniquement l’accompagnement santé pendant la totalité de l’étude voyaient leur poids diminuer environ deux fois plus que les porteurs de traqueurs, du moins pour la majorité d’entre eux. Cette tendance, signalée aussi par différents professionnels du suivi nutritionnel, invite à s’interroger sur la réelle portée des outils numériques dans la dynamique de perte de poids.
Dernier point à noter : ces résultats apparaissent d’autant plus pertinents qu’à l’heure actuelle, disposer de traitements efficaces, adaptables et réellement durables demeure primordial pour lutter contre l’obésité. Ce problème de société concerne un grand nombre de personnes, notamment en Occident, et les experts continuent d’analyser les meilleures stratégies. D’après John Jakicic, de nombreuses interrogations persistent encore sur l’efficacité réelle et la fiabilité de ces équipements mobiles dans la gestion du poids. Même chose pour la façon d’utiliser au mieux ces appareils en vue de modifier ses habitudes alimentaires ou sportives, car la réponse reste nuancée. (Et au fond, tout le monde ne cherche-t-il pas la méthode miracle ?)
Naturopathe de formation depuis 2011, je me suis spécialisé dans le suivi des athlètes sportifs pour les aider à atteindre leurs objectifs sportifs. Diplômé de l’EESNQ, je propose sur BodyScience une approche ludique du sport et de la nutrition.