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Le sport renforce votre système immunitaire

par Mathieu Gabens

Un nouvel avantage pourrait bientôt s’ajouter aux découvertes déjà nombreuses concernant les bénéfices de l’exercice physique sur la santé. Récemment, une étude préliminaire a permis de constater une reconstitution du système immunitaire chez des patients ayant surmonté un cancer.

Cet effet apparaît après la pratique d’une activité sportive régulière sur plusieurs semaines, une fois la chimiothérapie achevée. Cette reconstitution offre au système une meilleure efficacité, et semble capable, dans bien des cas, de repousser l’apparition future d’un cancer. Certes, pratiquer un sport réduit le risque de rechute, mais nombre de professionnels estiment aussi que cela peut prévenir la maladie même chez les personnes jamais touchées jusque-là ! Dans certains groupes de patients, on entend des témoignages relatant un moral amélioré et une énergie retrouvée après ces séances (ce qui n’est pas qu’un détail quand il faut se remettre d’un traitement lourd).

Ce phénomène, les études menées précédemment commencent à l’éclairer. Les chercheurs se concentrent tout particulièrement sur l’analyse du taux et de la qualité des lymphocytes T présents dans le sang. Dans les laboratoires, on suggère d’examiner les lymphocytes T des patients, avant et après douze semaines d’exercice organisé.

En pratique, les analyses ont permis d’observer qu’une proportion non négligeable de cellules immunitaires passait d’une forme « sénescente » à une forme « naïve ». On sait que la version précédente n’est guère efficace contre la maladie, tandis que la suivante, fraîche et dynamique, se montre apte à affronter cancers et infections de façon beaucoup plus robuste. Certains survivants confient avoir ressenti un regain de confiance à l’idée que leur organisme puisse être « en alerte ».

Exercice physique et immunité

Pour Laura Bilek, qui a dirigé ces recherches, les résultats récemment publiés viennent enrichir tout un ensemble d’associations déjà observées entre l’exercice et le cancer. D’après plusieurs études préalables, l’exercice physique :

  • Réduit le risque d’être touché une première fois par différents types de cancer, quel que soit le profil d’origine,
  • Améliore parfois les chances de rétablissement et le pronostic des personnes atteintes, selon les constats de plusieurs équipes hospitalières,
  • Diminue la probabilité de rechute chez des patients qui sont sortis indemnes après certains cancers, un point souligné aussi par d’anciens malades en suivi post-thérapeutique.

Pourtant, les mécanismes expliquant ces effets restaient, jusqu’à récemment, peu clairs. D’autres études avaient déjà évoqué l’hypothèse d’une possible reconstitution du système immunitaire grâce à l’activité physique. Plusieurs spécialistes avancent que ce phénomène prépare l’organisme à une meilleure défense face à la maladie. C’est aussi pourquoi Laura Bilek et ses collègues ont décidé d’explorer l’influence de l’exercice sur le système immunitaire de personnes ayant surmonté un cancer. Ils ont réuni un groupe de seize volontaires – tous anciens patients ayant terminé leur chimiothérapie, sauf un d’entre eux, qui suivait encore un traitement.

Les lymphocytes T de ces personnes ont retenu toute l’attention des chercheurs : il s’agit d’un type de cellule clé pour attaquer différents agents infectieux, y compris les cellules cancéreuses. On remarque souvent qu’après une chimiothérapie, de nombreux lymphocytes T deviennent sénescents, perdant ainsi de leur vigueur face aux antigènes (qu’ils soient infectieux ou cancéreux). Restaurer des lymphocytes T actifs paraît donc crucial pour retrouver un système immunitaire pleinement opérationnel. Une immunologue expliquait à ce sujet qu’il arrive fréquemment que le patient se sente « fragilisé » avant d’amorcer ce processus de récupération cellulaire.

Concrètement, les scientifiques ont démarré par prélever des échantillons de sang afin d’observer, individuellement, la part de chaque sous-type de lymphocyte T. Par la suite, chaque participant a été intégré dans un programme d’activité physique de douze semaines. Ces programmes étaient personnalisés et incluaient plusieurs volets : exercices de souplesse, travail cardio, endurance, renforcement musculaire, équilibre et amélioration de la posture. Certains rééducateurs notent d’ailleurs que tenir compte des faiblesses et antécédents de chaque patient rend l’expérience beaucoup plus efficace (et gratifiante pour la personne concernée). Après les douze semaines, un nouveau test sanguin a permis de mesurer l’évolution des lymphocytes.

D’après les résultats obtenus, l’équilibre entre lymphocytes T sénescents et naïfs a progressé favorablement chez la plupart des patients. Beaucoup ont retrouvé un nombre significatif de cellules « naïves ». Dernier point à noter, les propos de Laura Bilek permettent de mieux cerner ces effets : « Ce que nous disons, c’est qu’avec l’exercice physique, vous pourriez peut-être supprimer les lymphocytes T devenus inutiles, pour laisser place à ceux qui peuvent encore jouer leur rôle utile ». Elle insiste sur le fait que l’importance de l’activité physique concerne tout le monde et dépasse très largement le cadre des seuls patients en rémission.

Cela vaut donc pour ceux qui traversent actuellement un cancer, comme pour ceux qui en sont sortis. Cette surveillance immunitaire, renforcée à travers l’exercice, semble ainsi offrir une chance supplémentaire à ces deux groupes de bénéficier pleinement de la capacité du système immunitaire à détecter et éradiquer précocement les cancers naissants. Un kinésithérapeute rapportait d’ailleurs, à propos de certaines patientes, qu’il n’est pas rare de voir baisser les anxiétés récurrentes lorsque l’activité physique fait partie du quotidien.

Pour Laura Bilek, « le panel de bénéfices du sport est impressionnant ». Si, comme le suggèrent désormais plusieurs travaux, l’exercice permet bel et bien de renforcer le système immunitaire et d’intensifier la surveillance contre le cancer, c’est aussi une raison supplémentaire souvent évoquée en consultation avec les patients. Mieux vaut donc informer chacun sur ces retombées positives, afin d’inciter à intégrer une activité physique régulière dans le rythme de la vie quotidienne – même si, dans les faits, ce n’est pas toujours évident au retour d’une maladie lourde.

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