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La graisse brune : brûleur de graisse naturel pour réguler votre poids

par Mathieu Gabens

La graisse figure parmi les principaux obstacles à l’obtention d’un tour de taille harmonieux. Appelée aussi tissu adipeux, elle influe directement sur l’apparition du ventre, des poignées d’amour ou de la culotte de cheval. Pour cette raison, lors d’une liposuccion, les chirurgiens esthétiques retirent essentiellement cette graisse de l’organisme. Mais il existe en parallèle une autre forme de tissu adipeux, beaucoup moins connue que la graisse blanche, dont le rôle participe à la gestion du poids. On parle ici de la graisse brune, qui pourrait bien être un levier naturel pour réguler le poids. Que faut-il savoir concrètement a ce sujet ? Certains experts s’interrogent d’ailleurs sur son potentiel encore sous-estimé.

Sommaire

La graisse brune : Un bruleur naturel de graisse

Chez certains mammifères, la graisse brune se révèle capable de brûler naturellement des calories en transformant l’énergie alimentaire en chaleur. Pendant longtemps, on pensait que ce type de tissu n’existait plus chez l’adulte humain moderne. Mais des publications récentes viennent bousculer cette idée reçue : il s’avère que la graisse brune, bien que discrète, reste présente et opérationnelle chez certains individus. Sans surprise, la quantité de graisse brune – différente d’une personne à l’autre – pourrait influencer la facilité à garder la ligne ou, au contraire, favoriser une prise de poids au fil des ans. On peut croiser des témoignages évoquant des prises soudaines de poids à la cinquantaine, suggérant le rôle de cette graisse dite « active ».

D’après une partie du corps médical, de nouvelles approches sont d’ailleurs testées pour augmenter soit la quantité, soit l’efficacité de la graisse brune. Certains travaux s’orientent vers des options pharmaceutiques, d’autres vers la chirurgie : par exemple, transformer la graisse blanche retirée lors d’une liposuccion pour en faire de la graisse brune, puis la réinjecter. Cela laisse imaginer à quel point la frontière entre ces deux types de graisses peut devenir modulable.

À titre d’exemple, 50 g de graisse brune pourraient éliminer autour de 500 calories en 24 heures. Certains métabolismes produiraient même davantage, selon des observations médicales. Le Dr Ronald Kahn, responsable de la recherche sur l’obésité au Joslin Diabetes Center (Harvard Medical School), illustre ce constat : selon lui, brûler 500 calories par simple exercice, même intense sur un vélo elliptique, s’avère particulièrement exigeant. On mesure donc le potentiel d’un tel tissu capable d’agir « en coulisses » sans effort conscient. Certains patients rapportent aussi des effets de chaleur inattendus en période de froid, signe possible d’activation de cette graisse brune.

Les différentes études effectuées sur la graisse brune

Les physiologistes animaliers se sont penchés avec attention sur le rôle de la graisse brune en matière de production de chaleur (thermogenèse). Ils ont ainsi découvert que ces cellules renferment un type spécifique de mitochondries. Petite parenthèse scientifique : on désigne généralement ces organites comme « les usines énergétiques » de notre organisme. Leur présence dans la quasi-totalité des cellules permet de libérer l’énergie des aliments absorbés.

Habituellement, on s’attend à ce que cette énergie soit soit stockée, soit utilisée dans diverses fonctions cellulaires. Or, il se trouve que les mitochondries présentes dans la graisse brune agissent différemment. Elles intègrent une protéine appelée thermogenine, qui évacue l’énergie directement sous forme de chaleur. D’après le chercheur Francesco Celi (National Institutes of Health), la vocation essentielle de la graisse brune consiste justement à brûler de l’énergie pour nous réchauffer.

Fait intéressant, lors des périodes de froid, la production de chaleur relevant de la graisse brune augmente notablement. On peut supposer que ce mécanisme fut capital dans l’évolution des mammifères, leur donnant un avantage certain pour survivre à des températures hostiles.

Chez le nourrisson, la graisse brune abonde car les tout-petits perdent rapidement de la chaleur corporelle (leur système de régulation n’étant pas mature et leur gabarit plus réduit). On observe alors, principalement sur le dos, la nuque ou encore les épaules, des concentrations importantes de ce tissu brun. Il arrive même qu’un pédiatre signale lors d’une consultation des dépôts visibles de ce type de graisse.

Mais le tableau diffère chez l’adulte : des études post-mortem révèlent tantôt l’absence, tantôt la présence en petite quantité de graisse brune, généralement disséminée dans la graisse blanche. Des spécialistes avancent que d’autres tissus, comme certains muscles, prennent progressivement le relais dans la production de chaleur, par des mécanismes à la fois frissonnants et non frissonnants.

Autre point remarquable, l’utilisation du PET scan (tomographie par émission de positons) au début des années 2000 a fait émerger de nouvelles découvertes. Cette technologie consiste à injecter un marqueur radioactif puis passer les patients aux rayons X, avec pour but initial de repérer des tumeurs. Mais à la surprise des chercheurs, lors de certains examens, des zones lumineuses apparaissaient autour des clavicules, du dos et des épaules – qui n’étaient pas des tumeurs. En variant la température de la pièce, on constatait que le froid favorisait ce phénomène, suggérant une activation soudaine de la graisse brune. Il n’est pas rare qu’un radiologue s’en amuse en parlant de « points chauds qui dérangent l’image », alors qu’il s’agirait simplement de cette fameuse graisse « active ».

  • Confirmation d’ilots de graisse brune : Plusieurs équipes ont validé que certains adultes possèdent de véritables ilots, chaque ilot bénéficiant de son propre système vasculaire et nerveux.
  • Analyse de tissus chez les volontaires : En testant différents groupes, il a été mis en évidence que près de 50 % des sujets entre 23 et 35 ans montrent une activité de graisse brune, contre seulement 8,33 % pour les 38-65 ans. Cette disparité commence à interroger fortement la communauté scientifique.
  • Facteurs génétiques et évolution de la graisse brune : On remarque que le niveau de graisse brune varie beaucoup selon le patrimoine génétique de chacun, et que les personnes avec peu de ce tissu ont tendance à présenter un indice de masse grasse plus élevé.

Est-il pour autant possible d’affirmer que la graisse brune protège activement contre le surpoids ? Selon Jan Nedergaard (Université de Stockholm), les références actuelles ne permettent pas de trancher sur le lien de cause à effet. Mais certains pensent qu’un déclin avec l’âge pourrait expliquer la prédisposition à l’obésité chez une partie de la population.

Sur animaux, des expériences vont dans ce sens : lorsqu’on neutralise la synthèse de thermogénine chez la souris, celle-ci devient beaucoup plus facilement obèse. Une formatrice note d’ailleurs que la capacité à « brûler » rapidement provient souvent d’un capital de graisse brune élevé, présent dès la naissance et entretenu par différents facteurs tout au long de la vie.

Autrement dit, la question se pose – presque inévitablement – : Serait-il possible de manipuler ce capital naturel pour favoriser durablement la perte de poids ? Pour l’instant, cela passerait soit par une stimulation de la quantité de graisse brune, soit par une activation de son potentiel thermique même à température ambiante.

La substitution hormonale

Pour Nedergaard et d’autres spécialistes, mieux vaut tenter d’enrayer la baisse de la graisse brune qui s’accentue avec l’avancée en âge. Un point clé consisterait à identifier la cause du déclin et, si possible, en compenser la perte en remplaçant l’hormone manquante. Pour l’instant, cette substance demeure inconnue – ce qui ne facilite pas la tâche. Il arrive qu’un patient demande pourquoi il « grossit soudainement » passé un certain âge, sans qu’on parvienne à fournir une réponse précise à ce jour.

Des essais avec certains médicaments antidiabétiques (glitazones ou thiazolidinediones) ont, de façon ponctuelle, favorisé la formation de cellules de graisse brune. Or, même dans ces conditions, on ne constate ni activation réelle de ce tissu chez l’adulte, ni perte de poids significative. L’effet « miracle » dont certains rêvaient n’est donc pas venu.

Autre piste étudiée : s’appuyer sur le mécanisme naturel d’activation de cette graisse par le froid. Lorsque la noradrénaline stimule un récepteur spécifique à la surface des cellules, chiens et rongeurs répondent par une perte de poids. Mais, chez l’humain, cette stratégie peine à fonctionner, sans doute parce que seuls quelques individus possèdent encore suffisamment de graisse brune active. Une chercheuse relevait récemment que les essais, dans ce domaine, aboutissent chez l’animal, mais restent décevants pour la plupart des adultes humains.

À ce stade, la stratégie en laboratoire vise à générer de la graisse brune artificielle afin de la réimplanter chirurgicalement. Des équipes de recherche, notamment celles du Dr Kahn, étudient un composé baptisé BMP7 (Bone Morphogenic Protein 7), utilisé à la base pour promouvoir la formation osseuse et cartilagineuse. L’application sur cellules souches de souris a permis l’apparition de graisse brune, ensuite greffée avec succès sur des animaux ne présentant pas de rejet. Cette piste fait l’objet d’expérimentations continues – même si chaque réussite sur la souris ne se transpose pas d’office à l’humain.

Une voie envisagée consisterait, chez l’humain, à prélever la graisse blanche via liposuccion, puis à la traiter par BMP7 avant de l’implanter de nouveau chez le donneur. Par ailleurs, l’équipe de la Harvard Medical School a montré que la graisse brune ne dérive pas systématiquement de la blanche, mais plutôt de précurseurs du muscle squelettique. Les chercheurs ont par ailleurs identifié le gène régulateur clé, baptisé PRDM16, qui peut « commuter » une cellule vers la voie brune. Une anecdote de laboratoire rapporte le cas d’une équipe ayant greffé ces cellules chez une souris, pour ensuite observer au PET scan l’activation efficace de nouveaux ilots bruns.

À l’heure actuelle, la perspective d’une manipulation médicamenteuse ou chirurgicale de la graisse brune suscite enthousiasme et prudence. Comme le signale Francesco Celi, une augmentation prolongée de la dépense énergétique expose à des risques liés aux radicaux libres, qui, à long terme, pourraient favoriser le vieillissement prématuré ou même certains cancers. D’où la recommandation – parfois anodine mais pleine de sens – d’activer sa graisse brune en s’exposant plus régulièrement au froid : cela aide, d’après certains retours, à limiter le stockage inutile et à dépenser davantage d’énergie naturellement.

Derrière cette question, demeurent deux inconnues majeures : quelle est la température précise à même d’activer de façon optimale la graisse brune ? Et quels sont les mécanismes de compensation enclenchés lors de son activation par le froid : augmentation de l’appétit, recours à des vêtements plus chauds, changements comportementaux… ? Une diététicienne évoquait récemment le cas d’un patient qui, après une exposition au froid, se mettait à grignoter machinalement sans s’en rendre compte : preuve que le corps s’adapte de façon complexe.

Vous l’aurez compris, la graisse brune continue d’alimenter de nombreuses interrogations. Mais, désormais, l’idée selon laquelle elle disparaîtrait totalement à l’âge adulte est largement dépassée. À la clé : de nouvelles pistes pour soutenir le contrôle du poids, et la question, non résolue, de la légitimité future de médicaments visant à doper la graisse brune dans la lutte contre l’obésité. Peut-on imaginer que ces traitements seront accessibles à des personnes sans problème de poids, mais souhaitant affiner leur silhouette ?

L’obésité reste identifiée, par la plupart des spécialistes, comme une maladie multifactorielle où se croisent causes biologiques, psychiques et influences sociales. Penser qu’une simple pilule suffira à tout régler serait manifestement irréaliste. Pourtant, il n’est pas interdit de voir dans l’approche thérapeutique liée à la graisse brune, une piste complémentaire pour améliorer certaines situations où le traitement classique atteint ses limites.

Épilogue : Chauffage central pour mammifere

Selon les spécialistes Jan Nedergaard et Barbara Cannon (Université de Stockholm), la graisse brune a contribué à l’évolution des premiers mammifères, en leur offrant la capacité d’explorer de nouveaux milieux et de résister à des hivers rigoureux. Leur hypothèse : des mutations génétiques précoces auraient permis à certains tissus de générer efficacement de la chaleur, grâce à l’apparition précoce de la thermogenine, cette fameuse protéine qui convertit l’énergie alimentaire en chaleur dès l’aube du règne des mammifères. Il arrive qu’une anecdote paléontologique circule parmi les chercheurs : certains petits mammifères auraient survécu à des extinctions majeures grâce à cette capacité à rester actifs la nuit, là où les reptiles échouaient.

Si l’on met de côté d’autres adaptations possibles, la contribution de la thermogenine fut capitale pour permettre aux espèces de petite taille d’affronter le froid, notamment durant la nuit. On peut supposer que cette spécificité a réduit la concurrence avec les animaux à sang froid, comme les reptiles, sur la niche nocturne et hivernale.

Nedergaard souligne pour finir que la graisse brune a conféré aux mammifères des avantages considérables : se déplacer dans des environnements difficiles, continuer à s’alimenter malgré le froid, et maintenir leur activité durant les périodes où de nombreux prédateurs restent inertes. Un physiologiste disait récemment que ce « chauffage intégré » a peut-être permis la conquête de territoires jusque-là inaccessibles.

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