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Suppléments de protéines : pourquoi les athlètes les utilisent mal

par Mathieu Gabens

Pour accélérer la progression en musculation, beaucoup d’athlètes se tournent vers des suppléments de protéines. Pourtant, un certain nombre les consomment à leur propre rythme, croyant parfois en des résultats plus rapides. Les protéines d’accompagnement alimentaire sont-elles vraiment utilisées de manière pertinente par ceux qui font du sport ?

Des médecins de la faculté de médecine de l’Université de Montréal ont mené une étude sur l’utilisation des suppléments alimentaires chez des athlètes de haut niveau. Résultat inattendu pour certains : ces produits n’améliorent ni les performances, ni le temps de récupération. On constate souvent qu’ils se montrent peu efficaces pour ce public, la faute à une utilisation souvent maladroite, aussi bien chez les plus aguerris que chez les débutants. D’ailleurs, comme le rappelle le professeur Martin Fréchette du département de Nutrition, la majorité des sportifs interrogés lors de l’enquête – portant sur 42 athlètes et incluant des disciplines aussi variées que le cyclisme, la natation, le judo et la course longue distance – ont eu droit à un journal de trois jours pour détailler leurs habitudes. Un entraîneur évoquait récemment que certains athlètes ne prêtent que peu d’attention aux recommandations nutritionnelles, préférant suivre les conseils du bouche-à-oreille (c’est pas toujours evident de s’y retrouver).

Neuf sportifs sur dix déclarent consommer des compléments alimentaires régulièrement, et souvent en mélangeant 3 à 4 produits différents : boissons énergétiques, protéines en poudre, multivitamines… Il arrive que des athlètes racontent avoir tout simplement suivi les habitudes de l’équipe ou les tendances du moment, sans vraiment se renseigner. On remarque aussi une méconnaissance marquée sur les bénéfices réels de ces compléments. Le chercheur souligne que seul un quart des utilisateurs de protéines complémentaires connaît précisément les raisons de ce choix. Est-ce vraiment possible d’obtenir de bons résultats en si peu de temps ? Cela reste à nuancer selon le cas.

Si les suppléments de protéines s’inscrivent désormais dans la routine de beaucoup, plus de entre 70 et 75 % des personnes concernées ignorent l’impact concret sur leur propre performance. D’ailleurs, certains ne se rendent pas compte que l’arrêt brutal de la consommation peut agir sur leur forme physique. Ajoutons que plus de 90 % des sportifs ayant une alimentation solide consomment malgré tout ces produits, contre environ 66 % chez les sportifs au régime moins bien structuré. Certains professionnels estiment que l’effet de la supplémentation est amplifié par les habitudes globales, et non par la prise seule du produit.

Le spécialiste de la faculté de médecine de Montréal met en garde sur les risques réels des suppléments alimentaires. La fabrication manque souvent de contrôles stricts, et certains ingrédients – parfois non mentionnés sur les étiquettes – se retrouvent dans la composition. Résultat : quelques athlètes se voient exposés à des substances interdites sans le savoir. Une formatrice soulignait qu’il est courant de trouver un manque de transparence chez certains fabricants. On constate d’ailleurs que 12 à 20 % des compléments protéinés ne sont pas adaptés à une pratique sportive sérieuse. C’est aussi pourquoi 81 % des athlètes étudiés présentent déjà une quantité de protéines jugée excellente du seul fait de leur alimentation courante.

La majorité des utilisateurs réguliers affichent des taux élevés de sodium, de niacine, de vitamine A et de magnésium dans leur organisme. D’après le chercheur, cela peut entraîner fatigue, nausées ou troubles divers (problèmes de vue, foie). Certains nutritionnistes recommandent de toujours consulter un expert avant toute démarche de supplémentation, car chaque profil est différent et les conséquences peuvent être discrètes mais importantes.

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