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La musculation bloque-t-elle la croissance des enfants ?

par Mathieu Gabens

La musculation attire chaque année davantage d’adolescents, nombreux à espérer bâtir un physique impressionnant. Doit-on s’inquiéter pour la santé des jeunes pratiquants ? Nombreux sont ceux qui affirment encore que la musculation freinerait la croissance. Voici ce qu’on peut retenir des recherches récentes sur cette problématique.

Sommaire

Que signifie « bloquer la croissance » ?

Les cartilages mous situés à l’extrémité des os en développement déterminent peu à peu leur longueur et leur forme définitive. Ces zones, connues sous le nom de plaques de croissance epiphysaires, évoluent jusqu’à se rigidifier pour devenir semblables au reste du tissu osseux lorsque la croissance se termine.

Quand un adolescent approche de la fin de sa puberté, on observe généralement que ses ligaments deviennent plus solides que ses plaques de croissance épiphysaires. Cette situation s’observe parfois chez de jeunes sportifs engagés dans des entraînements musclés (bodybuilding ou haltérophilie par exemple). Un entraîneur expliquait récemment qu’il avait vu des adolescents particulièrement motivés parvenir à des niveaux d’engagement étonnants, parfois au prix de petits bobos qui font partie de l’apprentissage.

À l’âge adulte, si une personne subit un accident, le choc peut générer une blessure ligamentaire. Mais lorsque l’accident touche un adolescent, la plaque de croissance, plus fragile, risque plutôt la fracture. Autrement dit, cette zone osseuse étant plus faible que le ligament, une chute sérieuse entraîne plus souvent une cassure du cartilage qu’une déchirure du ligament.

On constate souvent que si une fracture de la plaque cartilagineuse n’est pas correctement prise en charge, cela peut freiner la croissance. Ce type de lésion est loin d’être anodin et ses conséquences sur le quotidien peuvent être lourdes. Mais pour autant, les spécialistes sont plutôt optimistes : avec une intervention adaptée, la plupart de ces fractures se soignent sans séquelles majeures. Un chirurgien sportif soulignait justement que les procédures actuelles permettent en général de récupérer pleinement, même après une blessure importante (certains adolescents témoignent d’un retour au sport en moins d’un an).

Comment la musculation peut-elle être associée à un blocage de la croissance ?

Les adolescents qui deviennent plus forts grâce à la musculation risquent parfois une fracture de la plaque de croissance, plutôt qu’une entorse ligamentaire. Cette plaque, justement parce qu’elle demeure tendre chez les plus jeunes, constitue une zone vulnérable au sein des articulations. Certes, on pourrait penser, à tort, que les efforts fournis lors d’exercices de musculation exposent davantage à ce risque, mais l’expérience montre que la majorité des incidents surviennent dans d’autres disciplines sportives.

Selon des données publiées par le gouvernement des États-Unis, on a recensé un volume considérable de blessures chez les adolescents, dont 50 % associées à la fracture de la plaque de croissance pendant une activité de loisir ou sportive :

  • Football
  • Pratique du basketball
  • Sessions de cyclisme
  • Périodes de rugby
  • Sports de glisse comme le skateboard

Dans la réalité, ces cinq disciplines rassemblent la majorité des cas de déchirure cartilagineuse, bien devant la musculation. Ajoutons que la musculation n’est donc pas directement en cause dans les fractures de la plaque de croissance épiphysaire. D’ailleurs, un médecin du sport racontait que, sur des centaines de consultations, il n’avait jamais observé de lien spécifique entre musculation bien encadrée et blessures majeures chez l’adolescent.

Autre point à noter : une publication du journal médical « Pédiatrie » a apporté un éclairage solide sur les effets de l’entraînement en musculation pour les enfants et les adolescents. On retrouve dans leurs résultats que lorsque les exercices sont adaptés, ils n’altèrent pas la croissance linéaire chez les jeunes en bonne santé, ni le développement des plaques de croissance, ni le système cardiovasculaire. Certains coachs sportifs ont ainsi pu rassurer de nombreux parents inquiets après lecture de ce type d’étude (qui continue à faire référence dans le secteur).

Pour finir, il vaut mieux garder à l’esprit que les idées reçues sur un ralentissement ou un arrêt de la croissance par la musculation ne reposent pas sur des faits avérés. Si un adolescent se blesse à la plaque de croissance lors d’un loisir, cela ne devrait pas le priver des bénéfices procurés par un entraînement musculaire bien pensé. Est-ce vraiment justifié de se priver de ses bienfaits ? La question a souvent été posée à des formateurs spécialisés, dont beaucoup insistent sur l’importance de l’encadrement et de la progressivité.

Si la musculation n’arrête pas la croissance, pourquoi tant de gens (et médecin) y croient ?

Il arrive fréquemment que l’on inverse la cause et l’effet concernant la musculature et la taille. Un expert expliquait que, dans le milieu du bodybuilding ou de l’haltérophilie, ceux qui excellent et soulèvent les plus lourdes charges sont rarement les plus grands. En pratique, soulever un poids conséquent au-dessus de la tête demande moins d’effort à partir d’une stature courte, tout simplement car le trajet du mouvement s’en trouve réduit. D’ailleurs, certains bodybuildeurs pèsent parfois plus de 100 kg tout en restant plutôt petits. Leur morphologie facilite l’entretien de leur masse musculaire, alors que les plus grands doivent manger en quantite pour conserver le même niveau de performance physique.

Ce constat fait naître une confusion : beaucoup pensent que la musculation empêche de grandir, alors que, concrètement, ce sont surtout les individus de petite taille qui réussissent dans ces sports, pas l’inverse. Un préparateur physique illustre souvent ce point devant son public : « Ce n’est pas la force qui bloque la croissance, mais la morphologie qui rend ces athlètes plus performants dans leur spécialité. » (Une anecdote de salle de sport revient souvent sur ce type de débat, où un adolescent se croyait désavantagé à cause de sa taille, avant de voir que cela pouvait plutôt jouer en sa faveur !)

En dernier lieu, avant les progrès médicaux actuels, il n’était pas rare qu’un enfant exceptionnellement fort reste handicapé s’il subissait une fracture des plaques de croissance. Il était plus courant d’imputer ce problème à sa force plutôt qu’à l’accident lui-même. Pourtant aujourd’hui, avec l’évolution des traitements, ce type de séquelle devient bien moins fréquent et les solutions sont nettement plus accessibles (les équipes médicales en centre spécialisé disposent désormais d’outils pointus pour prévenir ces situations).

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